Au creux vaste de la plaine de l'Ararat, sous le regard immuable du géant aux neiges éternelles, s'élève Khor Virap – un sanctuaire où se confondent légende, foi et souffle même de l'Arménie. Ici, raconte-t-on, un puits profond et silencieux enferma Grégoire l'Illuminateur, condamné par le roi Tiridates III pour avoir osé prêcher une lumière nouvelle. Les années s'écoulèrent dans l'ombre, jusqu'au jour où, dans la pierre froide, se produisit un miracle: les mains de Grégoire guérirent celui-là même qui avait ordonné sa captivité. Ébranlé par tant de grâce, Tiridates proclama le christianisme religion d'État, faisant de l'Arménie la première nation à l'adopter.
Aujourd'hui, on peut descendre dans la même cellule étroite, respirer cet air frais encore imprégné du poids des prières séculaires. Depuis la colline, le mont Ararat se dresse si proche qu'on croirait pouvoir le toucher – à l'aube, ses pentes se baignent d'or, et au couchant, elles s'embrasent de rouge. Khor Virap demeure un lieu où le temps suspend son vol, où le vent porte le murmure de l'histoire, et où la vue d'Ararat éveille dans l'âme une éternité silencieuse.
La légende raconte que Noé accosta son arche sur les pentes du mont Sis et y planta une vigne. En août, à la fonte des neiges, les premières vendanges sont célébrées en l'honneur de la victoire de Hayk, fondateur des Arméniens, marquant le début du Nouvel An du calendrier païen arménien. Cet événement est aujourd'hui fêté comme la bénédiction des raisins. En octobre, lorsque la neige recouvre les pentes du mont Sis, les Arméniens produisent du «machar» (vin jeune) pour marquer le début de la vinification et ainsi commencer la fête du vin.